Quand les chaussons se racontent…
Le virus de la grimpe
L’homme araignée, pionnier de l’escalade libre m’a un jour refilé le virus de la grimpe. Tandis que lui se consacrait à l’escalade mystique, j’ai continué à vouloir amener mon corps là où se portait mon regard. J’en ai usé des chaussons ! Mes tous premiers s’appelaient «les daubes», je tairais la marque qui a dû faire fortune en équipant des flopées de débutants. Souci de performances oblige, mes pieds ont réclamé des chaussons plus sophistiqués. De jolies ballerines noires à rayures roses m’ont fait danser sur les falaises : deux niveaux d’un seul coup. Elles me donnaient des ailes, ces merveilles au nom d’aurore !
Choisir des chaussons trop petits de deux tailles pour «mieux sentir le rocher»
Plus tard, j’ai cédé aux caprices de la mode en choisissant des chaussons trop petits de deux tailles pour «mieux sentir le rocher». La douleur booste le grimpeur directement au sommet. Heureux mais grimaçant : il hait ce qui lui sert de pieds, paraît-il… On se surprend alors à inventer le chausson idéal ; il est bien large, si confortable qu’on l’oublie ; il peut tout faire ; en fait il existe déjà ; il porte un nom à consonance grec, les amateurs comprendront ! J’ai conservé tous mes chaussons. Ils sont ma mémoire; les troués, les racornis, les éclatés, les presque jamais servis ; ils ont tous une histoire à raconter. Les semelles révèlent les ascensions les plus prestigieuses, les voies mythiques, celles qu’on a failli faire, les victoires sur soi même et sur les autres, les défaites, les chutes, les peurs et les joies. JC
Flux RSS









