Archives pour la categorie 'Rencontres de montagne'

Quand les chaussons se racontent…

Le virus de la grimpe

L’homme araignée, pionnier de l’escalade libre m’a un jour refilé le virus de la grimpe. Tandis que lui se consacrait à l’escalade mystique, j’ai continué à vouloir amener mon corps là où se portait mon regard. J’en ai usé des chaussons ! Mes tous premiers s’appelaient «les daubes», je tairais la marque qui a dû faire fortune en équipant des flopées de débutants. Souci de performances oblige, mes pieds ont réclamé des chaussons plus sophistiqués. De jolies ballerines noires à rayures roses m’ont fait danser sur les falaises : deux niveaux d’un seul coup. Elles me donnaient des ailes, ces merveilles au nom d’aurore !

Choisir des chaussons trop petits de deux tailles pour «mieux sentir le rocher»

Plus tard, j’ai cédé aux caprices de la mode en choisissant des chaussons trop petits de deux tailles pour «mieux sentir le rocher». La douleur booste le grimpeur directement au sommet. Heureux mais grimaçant : il hait ce qui lui sert de pieds, paraît-il… On se surprend alors à inventer le chausson idéal ; il est bien large, si confortable qu’on l’oublie ; il peut tout faire ; en fait il existe déjà ; il porte un nom à consonance grec, les amateurs comprendront ! J’ai conservé tous mes chaussons. Ils sont ma mémoire; les troués, les racornis, les éclatés, les presque jamais servis ; ils ont tous une histoire à raconter. Les semelles révèlent les ascensions les plus prestigieuses, les voies mythiques, celles qu’on a failli faire, les victoires sur soi même et sur les autres, les défaites, les chutes, les peurs et les joies. JC

L’hédoniste

L’hédoniste des alpages

Un jour, j’ai rencontré… l’hédoniste des alpages. Pas des montagnes, des alpages. Car pourquoi suer et se décoller la couenne pour grimper sur ces tas de cailloux que l’on voit beaucoup mieux de loin ? L’hédoniste rode sans en avoir l’air autour des (bons) restaus d’altitude, sa spécialité c’est la tarte aux myrtilles. Son absolue préférence : l’accompagnement de double crème. C’est pourquoi, le nid de l’hédoniste se trouve plutôt en Suisse où contrairement à la France, la qualité du contenu de l’assiette ne décroit pas avec l’altitude. Autre gros avantage du pays à la croix blanche, l’hédoniste peut porter ses bretelles sur lesquelles trônent des edelweiss brodés. Et ceci sans s’attirer les sarcasmes et autres railleries de jeunes cons sans doute citadins qui pratiquent la montagne sous forme de sprint.

Il ne rechigne jamais à culbuter les verres de genépi servis par la plantureuse « Lulu du col des Mosses »

Car l’hédoniste pourrait ne pas avoir de montre. C’est d’ailleurs pour lui que les temps de montées indiqués sur les panneaux de randonnées sont outrageusement rallongés (pondération en fonction de l’âge du randonneur, de son taux de cholestérol, de sa surcharge pondérale, de la capacité de la carte mémoire de son appareil photo…). Il ne rechigne jamais à culbuter les verres de genépi servis par la plantureuse « Lulu du col des Mosses ». La grolle lui plaît bien aussi, au début, il soufflait dedans avant d’aspirer et se brûler une poignée de papilles gustatives (Lulu fait toujours trop chauffer le café et le kirsch). On croise souvent l’hédoniste sur les chemins de montagne plutôt larges, d’une pente affaissée. On se demandait dans le beau magasin de Chamonix qui pouvait acheter ces curieux bâtons de marche sculptés aux bouts ferrés, parfois munis de boussole plastique intégrée et de lacet cuir de poignet ? Voilà, on a la réponse. Cet inénarrable bâton de pèlerin a été crée de toutes pièces pour l’hédoniste : pour le caler dans ses pauses haletantes, pour qu’il puisse montrer au loin les courses qu’il ne fera jamais, pour retourner le couvercle des champignons, pour ne pas (trop) tituber après la terrible grolle de Lulu. Mais l’hédoniste change, cette année on l’a vu débarquer avec un pédomètre, il commence à compter ses pas… à moins lever le nez. Certains l’auraient même entendu parler d’une activité bizarre pratiquée par des Vikings à la moustache tombante : le nordic walking… Sa femme lui reproche son embonpoint. Alors… 

Le techno guerrier

Le techno guerrier

Un jour j’ai rencontré… Le techno guerrier. Pas en montagne… à Versailles, autour du Grand Canal. C’est bien en ces lieux que l’on peut mettre à mal tous les accessoires que la haute technologie nous fournit pour ce sport à hauts risques.

Nous sommes en automne, c’est l’époque des rafales de vents, de la pluie cinglante et des feuilles qui tombent, mais heureusement c’est un adepte du « 3 couches » : Il n’a pas froid. Ses sous vêtements techniques en laine MERINOS absorbent la sueur de sa peau, sa SOFT SHELL conserve sa chaleur corporelle et sa dernière PACKLIGHT GORETEX le protège des agressions extérieures. Il est bien.

Il marche d’un pas sûr, ces chaussures SUPER GUIDE à semelle VIBRAM, ne dérapent pas. Dans sa main gauche, un piolet SIMON lui sert de canne, sa main droite, tient dans sa poche le tout dernier GPS, qu’il est prêt à sortir pour vérifier la route qu’il a préparée les jours précédents son expédition.

Son altimètre au poignet lui indique qu’il est à la bonne altitude : 167 mètres exactement : la précision des grands voyageurs.

Il arrive bientôt au virage du TRIANON, le temps se gâte. Doit-il s’arrêter pour faire le point ? Il n’est pas inquiet, dans son sac à dos en Nylon Anti-déchirure 100D renforcé en 210D, il a tout prévu : la dernière veste PRIMALOFT qui le protègera de l’humidité et du froid est déjà accessible par la poche latérale à fermeture thermo collée. Ce n’est pas aujourd’hui qu’il renoncera, il est à la moitié de son parcours.

L’orage est passé, il lui reste une longueur avant d’atteindre la « Pièce d’eau des Suisses ». Il peut quitter son surpantalon à renfort de jambe en Kevlar.

Le sommet est atteint, il scrute l’horizon, au loin la demeure de Louis XIV, il sort sa gourde isotherme, et savoure sa boisson hydra isotonique à l’Aloé Vera.

Mais la course n’est pas terminée. Le techno guerrier reste vigilant ; pour la descente, il a troqué son piolet pour des bâtons XENON ultra légers. Le soleil est de retour, redoutable dans ces contrées, l’obligeant à chausser ses lunettes à monture enveloppante et indice de protection 4, spécial glacier.

La descente est longue, il tire plusieurs longs rappels, il se félicite d’avoir opté pour cette corde 8,6 mm Golden Dry si fluide et souple.

Enfin le bassin d’Apollon est en vue. Il est de retour, fourbu mais heureux, sa femme l’accueille : « Chéri, j’ai eu si peur ; tu avais oublié ton mouchoir… »

 

Olivier

(Je connais bien ce Techno Guerrier là, il aurait pu être mon père….)


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